Roumanie : La Transfăgărășan et le Maramures

La Transfăgărășan

Qu’est ce qu’il peut bien y avoir derrière ce nom ? Transfăgărășan. Et bien il s’agit d’une route qui passe à travers les Monts Făgăraș (d’où son nom), en Transylvanie.

Mais qu’a donc de particulier cette route pour que j’en parle ? Et bien, en plus d’être jolie, elle a une histoire. C’est Nicolas Ceausescu (encore lui) qui l’a faite construire suite à l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’URSS en 1968. Il voulait assurer une intervention militaire à travers les montagnes des Carpates au cas où l’URSS aurait des vues sur la Roumanie. Sa construction a nécessité d’importants moyens matériels mais à surtout coûté la vie à de nombreux hommes, officiellement 40, mais officieusement ce sont plusieurs centaines.

Fermée entre octobre et juin à cause de la neige, cette route est maintenant surtout empruntée par les touristes. Très appréciée par les motards et les amateurs de routes scéniques, elle est considérée comme une des plus belles du monde et c’est ce qui nous convainc de l’emprunter pour rejoindre le Maramures, bien que cela allonge légèrement notre temps de trajet.

Le premier tiers de la route est assez facile, la pente n’est pas trop raide et il y a peu de virages dangereux. Nous traversons des poches de forêts, nous faisons toujours attention en voiture, et surtout dans les forêts car des animaux peuvent s’y trouver. Et ça n’y manque pas ! Mais ce n’est pas un chien errant que nous voyons, ni une biche ou un sanglier, c’est un ours ! Un bel ours qu’on pourrait prendre pour un panda au vu des marques autour de ses yeux. Nous nous arrêtons pour un petit shooting photo, et voilà qu’un deuxième ours sort sa tête. Photo, photo, photo !

Bon aller on repart, c’est pas tout ça mais c’est qu’on a encore pas de mal de route à… « Oh regarde encore un ours ici !!! ». Photo, photo, photo !

Allez on y retour… « Oh putain ! Y’a une maman avec ses deux oursons ! Regarde, ils font la bagarre c’est trop mignon ! »

C’était les derniers nounours, nous reprenons la route une bonne fois pour toutes. Nous parcourons quelques kilomètres et ça y est, nous sommes dans la partie sinueuse qui grimpe pas mal. La voiture crie un peu mais elle y arrive. Par contre la météo commence à se gâter et le soleil ne va pas tarder à se coucher, il est temps de s’arrêter pour la nuit.

Au petit matin, nous recevons un message étrange sur nos téléphones.

Un petit coup de Google Traduction pour être sûr, mais je pense que vous aussi avez compris. C’est pour nous signaler la présence d’un ours à proximité ! Heureusement nous n’avons qu’une dizaine de mètres à parcourir dehors pour rejoindre la voiture. La météo est meilleure ce matin, un peu de brouillard par endroit mais rien de très gênant. Nous prenons les innombrables virages et épingles à cheveux, faisons quelques arrêts photos, et roulons jusqu’à ce que nous arrivions dans un long tunnel. A sa sortie, c’est la mauvaise surprise : du brouillard, du brouillard et encore du brouillard. Tellement épais qu’on ne voit pas à 10 mètres. Fini d’apprécier la jolie route et les beaux panoramas, nous redescendons prudemment et quittons la Transfăgărășan plusieurs kilomètres plus loin.


Le Maramures (la revanche)

Et nous voici de retour dans le Maramures, prêts à prendre notre revanche suite à notre vilain échec (faute d’anticipation, faute de covid et faute de pas envie de claquer trop d’argent).

Le Maramures (à prononcer « Maramourèche » je vous rappelle), est une région très rurale. Nous traversons plusieurs petits villages, nous y voyons régulièrement des paysans se déplaçant dans des charrettes tirées par des chevaux. Dans les champs qui sont travaillés manuellement, nous sommes intrigués par ces gros tas de foin accrochés à des grands pieux en bois. Nous nous arrêtons régulièrement pour prendre les maisons en photo, certaines nous rappellent ce que nous avons pu voir dans les musées en plein air de Sibiu et Bucarest, et d’autres sont plus modernes. Mais ce qui nous marque le plus, ce sont ces imposants portails en bois qu’ont certaines résidences. Ils sont superbement sculptés avec des motifs géométriques, des torsades, des fleurs, des animaux… Ils étaient auparavant réservés aux nobles et aux fermiers libres, ils sont maintenant un signe de richesse assez ostentatoire mais ils font partie de l’identité de la région, et sont très agréables à voir.


La tournée des églises en bois

En Roumanie, et en particulier dans le Maramures, on peut trouver des églises entièrement construites en bois. La première raison est que les autorités hongroises catholiques qui régnaient il y a plusieurs siècles, interdisaient aux orthodoxes de construire des églises en pierre. La seconde raison est l’abondance de bois de qualité dans la région. Du coup, les architectes locaux sont devenus expert en construction d’églises en bois, ils en ont construit plusieurs centaines entre le XVIIème et le XIXème siècle. Une centaine de ses vieilles églises existe toujours, dont huit sont classées au patrimoine de l’UNESCO. Nous nous lançons dans une petite tournée pour aller en voir quelques unes.

Nous commençons par l’église de Surdesti. De l’extérieur, on dirait une grosse maison en bois assez sombre surmontée d’un clocher. Nous nous dirigeons vers la porte d’entrée mais celle ci est fermée. Une petite affiche explique que nous devons appeler un numéro de téléphone pour entrer. Nous appelons, la personne au bout du fil ne parle pas anglais, mais grâce à Google Traduction nous expliquons dans un roumain approximatif que nous souhaitons visiter l’église. Quelques minutes plus tard une personne arrive et ouvre la porte à l’aide d’une grande clé. Nous lui payons quelques leis et entrons. Comme dans les églises orthodoxes récentes, toutes les parois sont recouvertes de peintures. Elles sont abîmées par le temps mais on voit très bien ce qu’elles représentent : des anges, des démons, des saints, l’enfer… C’est assez petit à l’intérieur et le sol est recouvert de tapis, ça donne un aspect très intimiste, bien différent des grandes églises et cathédrales aux dimensions démesurées qu’on a pu voir avant !

Nous allons ensuite visiter l’église de Budesti, elle est entourée d’un cimetière où les sépultures paraîtraient très fantaisistes si on les trouvaient en France ! Encore une fois nous devons appeler un numéro pour qu’on vienne nous ouvrir. Et nous sommes encore seuls à visiter, une des rares conséquences positives du covid (du moins pour nous). On retrouve la même ambiance, les peintures murales, les icônes, les tapis…

Notre tournée se poursuit avec les églises de Leud et Poienîe Izei. Bon, on va être honnêtes, elles se ressemblent plus ou moins, mais ça aurait quand même été bête de passer à côté sans aller les voir.


Le cimetière joyeux de Săpânța

Nous sommes maintenant tout au nord du pays, à quelques centaines de mètres de la frontière avec l’Ukraine. Dans le village de Săpânța se trouve un cimetière pas comme les autres : le cimetière joyeux. Dans cet endroit atypique, les sépultures ont un style très original, chacune des stèles est décorée de mosaïques colorées, et un dessin vient illustrer un aspect de la vie de la personne défunte, souvent son métier, une passion ou bien une scène de la vie quotidienne. Un petit poème, souvent humoristique accompagne le dessin. C’était en 1935 qu’un artisan local, Stan Loan Patras, a pris l’initiative de créer ces joyeuses sépultures allant ainsi à l’encontre de l’Église pour laquelle la mort doit être un moment dramatique et solennel. Et je dois dire que j’adhère totalement à cette philosophie, lorsque je serai mort, j’aimerai qu’on célèbre davantage le fait que j’ai vécu une belle vie plutôt que l’on pleure ma disparition. Et je n’ai pas encore d’idée précise pour mon épitaphe, mais par pitié évitez de mettre « à notre regretté frère/cousin/tonton/ami« , mettez plutôt un truc du genre « il aimait sa famille, ses amis, les voyages, les jeux vidéo, le chocolat et les pandas« . Et pourquoi pas un QR code avec un lien vers ma biographie et mes blogs de voyage ! 😁

Bref, on a visité un cimetière joyeux.

Nous restons encore un peu à Sapanta pour aller voir son monastère dont l’église peut se vanter d’être la plus haute structure en bois au monde ! Ni plus ni moins que 78 mètres de hauteur. Comme toutes les églises en bois qu’on a vues, la toiture est faite de milliers de petites tuiles, ça doit être un travail considérable de réaliser ça ! Ici vivent des moines et des nonnes dont les habits noirs et sobres (pour ne pas dire austères) contrastent vraiment avec l’exubérance des bâtiments !


Le monastère de Barsana

Avant de quitter le Maramures et de prendre la route de la Bucovine, nous nous rendons au monastère de Barsana. A peine arrivés, nous sommes saisis par la beauté des lieux. Un grand espace verdoyant avec de beaux massifs de fleurs, et de magnifiques édifices en bois, église, clocher, habitations… D’un point de vue architectural, tout semble parfait et harmonieux, c’est saisissant !

En fait, ce monastère tel qu’il existe aujourd’hui est très récent. Il a été construit dans les années 90, mais déjà au XVème siècle, il y avait sur ce site, un monastère qui n’a pas survécu au temps et aux guerres.

Il y a beau y avoir pas mal de touristes ici, l’ambiance est très paisible, des haut-parleurs diffusent de douces prières, il fait bon, le ciel est bleu. On s’assoit sur un banc et on apprécie ces instants de tranquillité. On s’imagine ce que peut être la vie en tant que moine ici, et on se dit qu’on pourrait très bien passer quelques jours au calme dans un endroit de ce genre. Il y a d’autres monastères moins touristiques dans la région, alors pourquoi pas faire une petite retraite spirituelle, se reposer et méditer sur le sens de la vie et faire une introspection…?

Euh oui, mais non en fait, on a une location de voiture qui tourne, et puis c’est bientôt la fin de l’été, il va pas faire beau comme ça éternellement. D’ailleurs il est temps de partir, on dit la revedere au Maramures et on met le cap sur la Bucovine !

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