Après avoir découvert la ville de l’extérieur, allons donc faire quelques visites maintenant. Nous avons l’embarras du choix mais si il y a bien une chose qu’on ne peut pas rater, c’est l’improbable Palais du Parlement, bâtiment emblématique de la mégalomanie de Ceausescu. Mais avant cela, allons faire un tour au musée d’histoire.
Muzeul Național de Istorie a României

Au Musée National d’Histoire, nous commençons par une exposition temporaire sur la seconde guerre mondiale. Entre uniformes, armes et divers objets et documents historiques, de nombreux panneaux nous racontent le rôle de la Roumanie durant la seconde guerre. Vous saviez qu’au début, le pays avait rejoint l’Allemagne nazi ? C’était sous l’autorité du maréchal Ion Antonescu (le maréchal Pétain local), il avait instauré un régime fasciste et est responsable de la déportation de plus de 400 000 juifs et tsiganes du pays. Mais Antonescu finit par être destitué et arrêté sous ordre du roi de Roumanie et le pays change alors de camps pour rejoindre les Alliés. D’après les historiens, ce revirement de situation aurait permis d’accélérer la fin de la seconde guerre mondiale de six mois.
La seconde partie que nous visitons expose une collection de bijoux anciens, pour beaucoup provenant de l’époque des Daces. Nous pouvons aussi admirer de somptueuses couronnes et bijoux royaux.
Et le dernier voyage dans le passé se fait avec la pièce la plus importante du musée qui est une reproduction de la Colonne Trajane, un monument qui a été érigé à Rome dans le Forum Romain, en l’honneur de l’empereur Trajan pour commémorer sa victoire sur les Daces. Mais quel est le rapport avec la Roumanie me direz vous ? Et bien le rapport, c’est que les Daces, c’est le peuple qui occupait le territoire actuel de la Roumanie il y a 2000 ans, et c’est suite à la victoire de l’empereur Trajan que ce territoire est devenu une province de l’empire romain.
L’héritage le plus évident de ce passé romain est déjà le nom du pays, ça semble évident maintenant mais on y avait jamais pensé. Et le second héritage est la langue roumaine, en effet, comme le français, l’italien, l’espagnol et le portugais, le roumain est une langue latine, ce qui fait figure d’exception dans l’est de l’Europe, et on parle d’îlot de latinité dans une mer slave. Et ça explique donc pourquoi il y a beaucoup de choses écrites que nous arrivons à comprendre, bon par contre on ne pige vraiment rien quand on entend parler roumain.



Le Palais du Parlement
Allez promis j’arrête avec le blabla historique après cette partie, mais je ne peux pas parler du Palais du Parlement sans raconter son histoire et quelques anecdotes.
Donc pour rappel, après la seconde guerre mondiale, la Roumanie est passée sous un régime communiste. En 1965, Nicolae Ceausescu accède au pouvoir. Durant ses premières années, il n’est pas considéré comme un dictateur, son action politique va permettre de développer le pays et il est apprécié par la population roumaine. Il a également une assez bonne réputation à l’international grâce à une politique étrangère pacifique. Il a d’ailleurs reçu la visite du Général de Gaule et même celle du président américain Richard Nixon. Mais rapidement son régime va se durcir et sa politique teintée de mégalomanie va rendre la vie de plus en plus difficile pour la population. L’exemple le plus parlant est la construction du Palais du Parlement.
Au début des années 80, souhaitant montrer au monde la grandeur de la Roumanie et assouvir sa mégalomanie en s’offrant le plus grand bâtiment du monde, Ceausescu décide de lancer la construction du Palais du Parlement, au cœur de Bucarest. Pour cela, il fait détruire des quartiers entiers, des dizaines d’églises et des milliers de maisons. Pour montrer la puissance et la richesse du pays, absolument tous les matériaux utilisés sont extraits du pays, 1 millions de mètres cubes de marbre aurait été extrait en Transylvanie. 600 architectes, 40 000 ouvriers y travaillent pendant 5 ans. 40% du PIB du pays est dépensé pour financer les travaux alors que la population est soumise à des rationnements. Mais en 1989, c’est la chute du mur de Berlin et l’effondrement des régimes communistes d’Europe de l’Est. Ceausescu qui est alors en fuite avec sa femme est arrêté, et très vite, il est décidé de les fusiller. Il n’aura pas eu l’occasion de régner depuis le Palais du Parlement qui n’est pas encore fini, et ne le sera d’ailleurs jamais.

Nous voici donc en route pour aller visiter ce lieu atypique. Nous prenons le bus et descendons à proximité de l’entrée. Mais dès que nous mettons un pas à l’intérieur, un policier nous arrête pour nous signaler que nous ne sommes pas à la bonne entrée pour les visites, et que nous devons aller à opposé du bâtiment. Heureusement qu’on avait pris un peu d’avance car les visites guidées sont à heure fixe et nous avons déjà réservé notre billet. Pas de bus disponible pour atteindre l’autre côté rapidement, tant pis on y va à pied ! Sauf que le Palais est tellement immense que même en nous pressant, nous mettons une vingtaine de minutes pour atteindre l’autre entrée ! C’est donc tout transpirant que nous nous présentons à l’accueil pour les touristes et que nous commençons la visite.

Après quelques contrôles de sécurité, le guide nous emmène de salle en salle tout en nous racontant l’histoire du Palais et en nous livrant quelques chiffres et anecdotes.
270 mètres sur 240, 86 mètres de hauteur, plus de 1 000 pièces, 12 étages et 8 niveaux en sous sol, 350 000 mètres carrés de surface habitable. C’est le plus grand bâtiment d’Europe et le deuxième au monde après le Pentagone. Ceausescu voulait l’appeler la « Maison du Peuple », ce qui semble quand même peu approprié vu les souffrances que sa construction a fait endurer au pays. Après la chute du dictateur, afin que tout l’argent dépensé et les sacrifices réalisés n’aient pas été en vain, il a été décidé de terminer partiellement sa construction, de l’utiliser pour abriter le Parlement, le Sénat et de nombreuses administrations, et il a été baptisé le Palais du Parlement.
A l’intérieur, il ne faut pas attendre longtemps pour se rendre compte de la mégalomanie de Ceausescu, ce n’est pas forcément très beau mais les espaces sont immenses, du marbre partout, des lustres par centaines, des rideaux de 60 mètres traversant plusieurs étages ! (les plus grands rideaux du monde en fait). Il y a une salle de concert, des dizaines de salles de réception, de salles de conférences, et des centaines de bureaux. Nous montons des escaliers, passons par quelques pièces et arrivons sur une terrasse qui donne sur la grande Place de la Constitution et le long boulevard Unirii. Cultivant le culte de la personnalité, Ceausescu adorait donner de grand discours en dominant la foule. Ayant été destitué et fusillé avant la fin des travaux, il n’a jamais eu l’occasion de s’adresser au peuple depuis cette terrasse. La guide nous demande si nous savons qui est la première personne à s’y être tenue face à une foule immense. Au hasard, je sors la première personne qui me vient à l’esprit : Michael Jackson ! Et bien vous savez quoi ? C’était bien lui ! Et pour la petite anecdote, au moment de saluer tout le monde, il a lancé un « Hello Budapest ! » confondant Bucarest avec la capitale de la Hongrie. Bravo Mickael ! 😆
Avant de nous dire au revoir, le guide nous annonce que pendant les 2 heures de la visite nous avons marcher 3 kilomètres et parcouru seulement 5% de la totalité du bâtiment !
En sortant de Palais, nous prenons la direction du boulevard Unirii sur lequel se trouve le plus grand système de fontaines du monde, 1km et demi de long ! Encore une lubie du dictateur mégalo. Depuis quelques années, un spectacle son et lumière a lieu sur ces fontaines, nous pensons naïvement que du fait que ce soit en extérieur, il aurait bien lieu, mais non il est annulé jusqu’à nouvel ordre à cause de ce put*** de Covid. 🤯